Jeûne sec : les erreurs de reprise alimentaire selon Filonov

Retrouvez la première partie de cette interview ici : Jeûne sec : interview du Dr Filonov.

Comme pour la première partie, j'apporterai mes commentaires et précisions si nécessaires. 

Jeûne long : l'importance de l'environnement

Michel Deladoey

 :

Est-ce que tu peux nous parler de la préparation au jeûne sec et combien de temps on peut jeûner chez soi ?

Dr Sergei Filonov :

J'ai toujours dit que le jeûne sec était une méthode très sévère et très difficile.

C'est la raison pour laquelle je répète toujours aux personnes qui s'intéressent à cette méthode qu'il vaut mieux la réaliser dans la nature, dans des endroits spécifiques, et aussi sous la surveillance de médecins qui ont déjà une grande expérience dans le jeûne sec.

Je déconseille aux amateurs de réaliser plus de 5 jours de jeûne sec seuls à la maison, car il peut toujours y avoir des complications.

Il y a pour chaque méthode des indications et des contre-indications.

Il faut y aller doucement, avec patience et savoir ce que l'on fait.

Le jeûne sec devrait être accompagné d'autres soins comme les massages des organes intérieurs, et la remise en place des organes, et de la colonne vertébrale en particulier. Je recommande également l'hirudothérapie... Toutes ces choses que je propose moi-même durant mes retraites de jeûne sec.

Sans toutes ces pratiques, le jeûne sec ne sera pas aussi complet et efficace.

MD :

Donc quelque soit la pathologie, si cela dépasse 5 jours on peut dire qu'il faut véritablement un accompagnement ?

Dr SF :

J'ai connu par exemple des personnes qui ont pratiqué 10 jours de jeûne sec chez eux et n'ont pas eu les résultats espérés. Ils ont recommencé dans ma retraite avec tout ce que je propose en complément et la surveillance du médecin, ils ont alors eu de meilleurs résultats.

MD :

Oui, je vois des gens qui jeûnent sur de longues durées en ville, par exemple à Paris. C'est une catastrophe, car avec le jeûne sec on est dans un phénomène d'absorption... Est-ce que vous êtes d'accord sur le fait qu'il ne faudrait jamais jeûner dans une grande ville ?

Dr SF :

J'ai toujours dit que le jeûne sec consiste à savoir utiliser les énergies de la nature. Faire ça dans une grande ville c'est violer son corps, ce n'est pas curatif.

Le meilleur endroit pour faire un jeûne sec est bien sûr en retraite surveillée, en montagne ou en forêt où la personne peut sentir l'énergie de la nature pour guérir.

De temps en temps, je fais des consultations à Moscou qui est également une très grande ville.

Certaines personnes qui étaient à leur 6 ou 7è jour de jeûne sec étaient venus me voir. Et après les avoir examinées j'ai constaté que ces personnes étaient devenues des forcenés. Ça n'allait pas, je leur ai dit d'arrêter leur jeûne sec car ils ne l'ont pas fait de manière correcte et ça n'apportait que du négatif.

Il faut comprendre également que le jeûne sec passe par une période d'aggravation des symptômes. On peut ressentir tout genre de maux comme des douleurs aux organes, à la colonne vertébrale, etc. Beaucoup ont peur et ne savent pas comment faire. C'est la raison pour laquelle s'ils font ça sous la surveillance d'un médecin comme moi-même, ce dernier peut leur expliquer pour diminuer leur inquiétude.

Thierry Reid

Auteur du site

Les deux derniers paragraphes pourraient paraître obscurs pour certains, voire contradictoires. Comment savoir si une aggravation des symptômes est due à une crise d'élimination ou à un effet négatif du jeûne ? La réponse se trouve dans le contexte.

Vos symptômes doivent toujours être supportables et temporaires. Une petite migraine ou une douleur localisée qui revient subitement du passé : pas de soucis, ça passera. Une fatigue / faiblesse / dépression constante durant le jeûne ? Arrêtez tout, vous n'êtes pas dans le bon contexte (énergie nerveuse, environnement extérieur) pour jeûner.


Avant de faire un jeûne relativement long, il est essentiel de retrouver cette capacité à évaluer la nature de vos symptômes : s'il sont le résultat d'une crise d'élimination temporaire − et « temporaire » ne veut pas dire forcément « douce » − ou d'un défaut d'adaptation au jeûne auquel cas vous devriez d'abord repasser par une phase de revitalisation ou / et travailler sur votre environnement extérieur.

Rupture du jeûne sec

MD :

Qu'est-ce que tu penses des jus avant et après le jeûne sec ?

Dr SF :

Beaucoup des personnes se préparent avec les jus, malheureusement ce n'est pas si bon.

Par exemple, quand nous mangeons une pomme entière, il y a des fibres. Et les fibres ont un rôle dans la distribution des nutriments à travers les organes digestifs.

La matière avec la fibre passe par la bouche, l'estomac, puis l'intestin grêle. Quand on prend un jus tout passe très vite dans le sang. Et c'est un grand choc pour le pancréas.

J'avais un patient américain qui a fait un jeûne sec et qui l'a rompu avec un pur jus de carotte. Il m'a appelé en pleine nuit pour avoir mon aide. Il a failli se rendre aux urgences.

Thierry Reid

Auteur du site

S. Filonov résume ici ce que j'explique dans mon article 3 fausses croyances sur les jus (qui peuvent faire mal). Je me permets toutefois de nuancer son propos sur les jus : on parle ici du problème de la hausse de la glycémie.


Il est facile de contourner ce problème en évitant les jus de fruits et de légumes racines (carotte, betterave, etc.) puis en les diluant avec moitié d'eau. On peut alors bénéficier des avantages des jus sans les inconvénients traditionnellement cités (qui sont en réalité le résultat d'une mauvaise utilisation des jus).


Exemple : un verre de jus de céleri-branche a l'intérêt d'avoir des sels minéraux de la plus haute qualité (car non précipités par la cuisson), tout en étant faible en sucre (6 fois moins que dans la carotte).


Il faut rappeler également qu'un jus de légumes n'a pas vocation à se substituer à un vrai repas...


En résumé, tout comme le jeûne sec, les jus peuvent être bons ou mauvais selon l'utilisation qu'on en fait.

Il faut aussi se rappeler que malheureusement de nos jours, les fruits et légumes ont beaucoup de pesticides chimiques, en particulier s'ils sont importés de l'étranger. Donc si vous en faites des jus, vous prenez un concentré de ces matières chimiques.

C'est pourquoi le foie et le pancréas peuvent souffrir de cette pratique.

MD :

On a aussi des retraites en Europe dans lesquelles ils proposent des jeûnes avec un verre de jus le matin, le problème est que l'on coupe la cétose, et l'autophagie est largement freinée. L'autre soucis, pour avoir essayé, est que l'on a tout le temps faim alors qu'en jeûne sec je n'ai jamais eu de problème de faim ni de soif sur 10 jours.

Dr SF :

Oui, le corps humain est quand même très intelligent. Il vaut mieux faire tout ou rien, soit manger normalement, soit ne rien manger du tout.

Le professeur Nikolaïev, qui est une grande autorité sur le jeûne en Russie a un jour fait une conférence. Des médecins japonais sont venus le voir pour connaître sa méthode. Ils ont pris des notes et sont partis.

Nikolaïev a alors eu un retour de ces médecins sur le fait qu'ils n'avaient eu que très peu d'effets positifs sur le jeûne. Il s'est rendu compte qu'ils faisaient du jeûne avec des jus.

Il leur a répondu que les jus étaient déjà de la nourriture. Vous ne pouvez pas avoir avoir les effets du jeûne en buvant des jus en même temps.

Le pancréas n'aime pas tout ce qui est cru.

Quand on fait un jeûne, on redevient un peu comme un tout petit enfant. Il faut donc y aller très doucement.

On peut faire des bouillons de légumes ou des fruits cuits et reprendre progressivement avec ça.

Thierry Reid

Auteur du site

Je nuance les dires de S. Filonov sur le cru en devinant qu'il parle d'une certaine catégorie d'aliments crus, à savoir les produits à fibres dures ou amidonnés (pommes, carottes, etc.) qui vont effectivement solliciter fortement la partie exocrine du pancréas en demandant un travail plus important des enzymes digestives.


En revanche, la cuisson augmente en parallèle l'indice glycémique (et donc la charge de la partie endocrine du pancréas gérant le niveau de la glycémie) du fait de la destruction des fibres et de la gélatinisation de l'amidon.


Sans plus de précisions, on ne peut donc pas généraliser en affirmant que tout ce qui est cru abîme le pancréas en sortie de jeûne. La réalité est un peu plus subtile, comme je viens de l'expliquer.

Pour faire simple en quelques mots : essayez de favoriser les aliments « mous » ou semi-liquides en sortie de jeûne... Écoutez ce que demande votre corps. Et mangez doucement et avec une mastication adéquate.

MD :

Dès qu'il y a des fruits et légumes, même à 250 kcal par jour, on est plus dans un jeûne mais dans une diète, vous êtes d'accord ?

Dr SF :

Vous avez bien compris.

Mais je ne veux pas dénigrer les jus de manière exagérée. Si les gens ont l'habitude d'en prendre, ils peuvent garder les jus dans leur alimentation.

Il faut connaître la différence entre un poison et un remède : c'est la dose.

Je conseille de ne pas utiliser plus d'un verre par jour. Et surtout pas pendant le jeûne.

Ce que je dis est que d'après mon expérience de médecin, les personnes qui ne boivent énormément de jus pendant des années finissent tous par avoir des problèmes de pancréas.

Pour résumer, pour s'initier à cette méthode de jeûne sec, il faut idéalement :

  1. 1
    Passer par une phase de préparation adaptée
  2. 2
    Ne pas dépasser 5 jours

MD :

A propos de la reprise alimentaire, j'ai adoré le cocktail Bolotov que tu as mis au point. Est-ce que tu peux nous en parler, notamment pour la santé intestinale ?

Dr SF :

Malheureusement dans notre monde actuel, les cures d'antibiotiques répétées sont très répandues. Cela peut engendrer à terme une forme de dysbiose intestinale.

Et la manière qu'à l'industrie pharmaceutique de traiter cette dysbiose n'est pas très efficace.

C'est pourquoi je recommande le meilleur remède pour réparer la flore intestinale.

Je prends de la crème (préparée naturellement, pas industriellement).

Ensuite on ajoute une plante, la chélidoine.

Ajouter du sucre dans un bocal de 3 litres pour la fermentation.

La plante va tuer toutes les bactéries dans la crème, mais pas toutes... Les bactéries les plus fortes survivent.

Cela va servir à inséminer la flore intestinale avec de bonnes bactéries.

MD :

C'est un aseptisant du microbiote intestinal, mais surtout un probiotique 100 % naturel.

Dr SF :

Après déjà 5 jours de jeûne sec, l'intestin devient pratiquement stérile. C'est pourquoi en lui fournissant ce cocktail, cela lui donne de bonnes bactéries pour restaurer l'intestin.

Thierry Reid

Auteur du site

Ce qui est important n'est pas tant la recette ici − qui est imprégnée de la culture russe de S. Filonov − que le principe. Après un jeûne long, il peut en effet être intéressant de favoriser le repeuplement de la flore avec des bactéries directement issues de produits de fermentation.


Pour les intolérants aux produits laitiers, les bouillons de miso par exemple (non pasteurisé) peuvent être une alternative intéressante. Est-ce une obligation ? Non, la flore se repeuplant d'elle-même à partir du moment où vous recommencez à manger progressivement et de manière adaptée.

MD :

Ce que j'ai bien aimé également en pleine canicule était ta compote liquide. Comment tu en as eu l'idée ?

Dr SF :

Disons que moi aussi j'ai fait des erreurs quand j'ai commencé, mais ce que je préconise aujourd'hui est confirmé par ma grande expérience.

Au début, je donnais par exemple des jus de pommes à la reprise mais j'ai vite vu que ça ne fonctionnait pas bien.

C'est pourquoi à la place j'ai fait cuire les pommes, et j'ai vu que c'était bénéfique pour les voies digestives.

Le jeûne sec en prévention avant tout

MD :

Quels genre de patients venaient te voir pour faire des cures de jeûnes sec ?

Dr SF :

Au début, c'était surtout des personnes atteintes de maladies graves qui voyaient dans le jeûne une sorte de dernier espoir.

Mais aujourd'hui il y a plus de jeunes, car il y a de plus en plus de communication autour du jeûne. Ces personnes viennent plus à titre de prévention.

C'est une très bonne chose, car le jeûne sec est d'autant plus efficace qu'il est effectué à titre préventif, avant ou au début de la maladie.

Si une personne en bonne santé fait 1 jour de jeûne sec par semaine... ou disons 3 jours de jeûne sec par trimestre, et finalement 7 jours de jeûne sec par an, elle sera toujours en bonne santé.

Malheureusement, les personnes ne viennent que quand c'est un peu trop tard... Il est alors difficile de les traiter à 100 %, mais on peut déjà améliorer les choses.

Thierry Reid
 

Après avoir surmonté 30 ans de problèmes de santé chroniques, je partage désormais mon expérience et mes connaissances pour aider chacun à redevenir autonome en matière de santé.

  • July dit :

    Bonjour,
    merci pour votre interview et tout le reste.
    ça n’est pas encore clair pour moi que manger à la sortie dun jeûn sec (actuellement de trois jours). Auriez-vous 1-2 exemples?
    Je vous remercie pour votre réponse et vous souhaite une journée ensoleillée!

  • Valerie Moncan dit :

    J’avais vu cette interview précédemment. Je suis en effet tout à fait d’accord avec les ajouts que tu as écrits. Concernant les jus lors de la reprise, j’ajouterais aussi que la manière de les boire est également fondamental ; si on se fait 1 l de jus de carottes par exemple, donc sucré, et qu’on l’ingurgite en 5 mn, comme plein de gens font, c’est évidemment très problématique en sortie de jeûne sec.

    • Thierry Reid dit :

      C’est du bon sens en effet !

      • Bertrand dit :

        j’ai prolongé un jeûne hydrique de 2 semaines par une semaine avec un jus de carotte/concombre matin et soir puis une semaine de retour à l’alimentation en privilégiant fruits et légumes et tout s’est bien passé ( perte de 13k les 2 premières semaines et pratiquement plus de perte en 3eme semaine. suite à la lecture de votre article sur le jeûne sec. je viens d’en faire un de 36 h et j’ai été très étonné de ne pas avoir de sensation de bouche sèche ( moins qu’avec le jeûne hydrique) assez peu de tonus par contre. -3k en 36 h ! et la pêche le lendemain!

  • laurent rostane dit :

    et un repas par jour le soir apres 20-24h de jeune sec(peut etre pas tous les jours)?

    • Thierry Reid dit :

      Oui, mais dans ce cas l’intérêt sera plus hormonal, cela peut te permettre de te sentir mieux en jeûne intermittent (sang plus concentré en hormones)… mais l’action thérapeutique est limité pour des jeûnes de moins de 36 heures.

  • Francesca dit :

    Bonjour, pendant le confinement j’ai fait 3 jours de jeûne sec. J’ai eu des douleurs atroces aux muscles spoas, c’était horrible, impossible de dormir la nuit. Je sais que j’ai mal fait, que j’étais mal préparée mais je n’avais pas faim ni soif, ça me semblait facile.

  • Marie dit :

    Merci pour ce bel effort qui rend l’interview bien plus agréable et renforce son intérêt et vos commentaires judicieux nous font avancer un peu plus👍🙏

  • Louis dit :

    Du coup si je comprends bien, déjà un jour de jeûne sec par semaine (ou peut-être pratiquer le jeûne sec intermittent?) ça peut déjà avoir un impact significatif sur la santé…

    • Thierry Reid dit :

      Oui, idéalement il faudrait même commencer comme ça.

  • Martin dit :

    On parle de d’une journée de jeune par semaine par exemple mais combien de temps ? Du dîner au Lendemain soir environ 20-24h ou la nuit en plus soit 36h jusqu’au petit déjeuner ?

    • Thierry Reid dit :

      Généralement quand on parle d’1 jour de jeûne, on inclut la journée plus la nuit, donc environ 36h. En-dessous on parle plus de « jeûne intermittent ».

      • Salah dit :

        LA JOURNEE PLUS LA NUIT ÇA FAIT 24H

        • Thierry Reid dit :

          Salah > Techniquement oui… Mais vu que tu n’as pas mangé non plus la nuit précédent la journée (en principe tu dors), ça fait bien environ 36h.

          • Salah dit :

            OK, SI C’EST NUIT ,JOURNEE, NUIT.
            MERCI.

  • Link dit :

    Super ! Moi aussi je dit ,ok serguei filonov est l expert du jeûne sec mais pas de la nutrition adapté à l humain ,donc je suis absolument d accord avec toi

    • Thierry Reid dit :

      Disons qu’il faut remettre en contexte son discours par rapport à sa culture alimentaire et du climat de la Russie.

  • >
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